Jean-Claude Grumberg écrit un conte de fées(1)

L’auteur de théâtre Jean-Claude Grumberg est aussi un romancier. Il a également  travaillé pour le cinéma ( « Le dernier métro », « Amen » … ). Ses romans sont très largement inspirés par sa vie et évidemment par la mort de ses parents assassinés.

Et se trouve aussi que Grumberg est juif , qu’il est né en I939 et que toute son œuvre est inspirée par la tragédie de son enfance . Ses premières pièces de théâtre s’intitulent d’ailleurs « Dreyfus » , « L’Atelier », « Zone libre »…

Dans un de ses romans « La nuit tous les chats sont gris » (2000), il raconte l’histoire d’un comédien sollicité pour reprendre le rôle costumé d’un chat dans un minable théâtre de banlieue. Sauf que, un jour, ou plutôt une nuit, il est agressé en sortant du théâtre par une bande de jeunes… Son double haineux semble alors prendre possession de lui et crier vengeance . Mais contre qui ?…

En 2010 il écrit « Pleurnichard », un roman très largement autobiographique où l’autodérision est permanente. « Comme un funambule sur son fil , Pleurnichard , le double de l’auteur, guide Jean-Claude Grumberg dans la traversée de sa vie. »

L’obsession de Grumberg demeure : se venger , de qui , de quoi ? pourquoi ? contre qui ?

Insulter les flics, les douaniers, les préposés à l’état-civil, les instituteurs, les contrôleurs, … ou prendre un gilet jaune ?

« On tue ton père et tu ne te venges pas »… C’est dans « Hamlet »

« Le convoi numéro 45 partit de Drancy le 11 novembre I942 avec à son bord sept cent soixante-dix-huit hommes, femmes et enfants, dont  nombre de vieillards et d’invalides parmi lesquels figurait l’aveugle Naphtali Grumberg, grand-père de l’auteur. …

Le convoi 49 partit le 2 mars I943 transportant un millier de juifs dont le père de l’auteur, Zacharie Grumberg … »

Ils furent gazés en arrivant.

Le nouveau roman de Jean-Claude Grumberg (2019 ) commence comme un conte de fées ( un peu Carabosse quand même ! ). Il s’intitule « La plus précieuse des marchandises » et il commence comme une histoire pour enfants sages : « Il était une fois dans un grand bois une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron … »

Et ce pourrait être une belle histoire, sauf que dans la grande forêt où vivent les pauvres bûcherons qui ne peuvent pas avoir d’enfants à eux, il y a une voie de chemin de fer et que sur cette voie de chemin de fer passent des trains qui partent chargés dans un sens et reviennent vides dans l’autre sens …

Un beau jour la pauvre bûcheronne voit tomber du train un paquet . Ce paquet contient un bébé «  tombé du ciel » en quelque sorte .Une « petite marchandise » qui ne tarde pas à s’éveiller , à appeler un beau jour les deux pauvres bûcherons « mamouch et papouch » et c’est le bonheur tombé du ciel qui a répondu aux prières de la pauvre bûcheronne …

Sauf que …

Drancy, Auschwitz, la Shoa et ceux qui « s’affranchirent de toute pesanteur en gagnant les limbes du paradis promis aux innocents » font partie de cette histoire qu’on devine, que l’on connaît et qu’on attend . Grumberg n’en a jamais fini de la raconter sous toutes ses formes, l’histoire de ces wagons plombés … «  ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers … » qui allaient vers la mort et l’oubli.

Il faut lire ce petit conte qui vient de paraître en librairie. Il faut lire cette centaine de pages délicieuses et terribles. On connaît encore quelques témoins de ces temps tragiques. Grumberg en fait partie.

                                                                         Marcel COL

(1) : « La plus précieuse des marchandises » – un conte ( éditions du Seuil )