L’eau

par Roland Moulin

Pendant que le président Macron vole de tribune en tribune pour se présenter comme le chantre de l’écologie, pendant que Greta Tunberg attaque la France au nom des droits de l’enfant, la cuisine va bon train dans les préfectures. On y utilise une casserole laissée par le gouvernement Sarkozy et adaptations postérieures dues madame Ségolène Royal : la loi sur l’eau de 2006 donne aux préfets le pouvoir de gestion des cours d’eau de France. Ce retour « aux sources » aurait pu être salutaire mais c’était sans compter sur les trous de la casserole : la définition d’un cours d’eau n’a jamais été donnée, porte ouverte à toutes les interprétations et, localement, les représentants de l’Etat sont soumis au lobbying forcené de la FNSEA, syndicat agricole aux vertus écologistes bien connues.

C’est ainsi que, dans certains départements, la nouvelle carte hydrologique récemment parue a fait disparaître un nombre important de cours d’eau pourtant bel et bien existants. Dans le Maine-et-Loire, 1 500 écoulements sur les 9 000 qui figuraient sur la carte de l’Institut géographique national ont disparu. Dans le Marais poitevin, il y a une perte énorme. En Tarn-et-Garonne, près de 30 % des cours d’eau ont été déclassés. En Indre-et-Loire, 43 % des zones précédemment protégées ne le sont plus. En Auvergne-Rhône-Alpes, les douze préfets ont adopté des textes identiques, se référant uniquement à la carte IGN, « comme si la géographie du Puy-de-Dôme et celle de la Haute-Savoie étaient les mêmes ». Les nombreuses zones humides et autres aires Natura 2000 n’ont ainsi pas été prises en compte. Ceci pourrait entraîner une sous-estimation allant jusqu’à 30 % de la réalité hydrologique » selon Emmanuel Wormser, juriste de la Frapna.

Pourquoi une telle bataille ? La loi impose une bande d’exclusion agricole au minimum de 5 mètres de part et d’autre d’un cours d’eau, bande sur laquelle tout traitement phytosanitaire (!) est interdit. Si le cours d’eau n’existe officiellement plus, exit la zone de protection. La culture et les traitements qui l’accompagnent sont rendus possibles jusqu’au droit du lit du ruisseau.

Et pendant ce temps-là, monsieur Macron cause.