Auvergne laïque, dernière édition / FEDERAL

Assemblée Générale 2020 : rapport moral

suite de l'édito

De tous les temps, tous les prétextes de desservir divisent les peuples et l’autorité, les citoyens et les politiques, la société et la démocratie. De toute chose peut naitre un sujet à controverse. Les bouleversements liés à la récente crise sanitaire prouvent indéfectiblement que l’homme reste un être complexe dont les facultés de discernement demeurent souvent mystérieuses. Dans les pires moments, l’incontournable vanité prend le pas sur la lucidité et le recul indispensable à une analyse critique et objective.

Il n’existe pas de certitudes et le manque de modestie divise de nouveau. Tous les indéfectibles convaincus restent accrochés à leurs croyances. Alors qu’il terrorise l’humanité entière, on ignore toujours comment rendre moins dangereux ce virus. La survie se gagne au combat que l’on mène et non à la passivité des commérages néfastes et de sa propre ignorance.

On ne connaît rien de cet ennemi et notre capacité naturelle de filtrage émotionnel et d’objectivité se noie sous un pilonnage médiatique ininterrompu. Qui peut-on croire ? Que pouvons-nous croire ? Que faire dans ce marasme ? Plus une pelote d’informations est volumineuse, plus elle est difficile à démêler. Les facultés des raisonnements avisés sont altérées et embrouillées, rendant anxiogène cette période surréaliste. Les préjugés rendent impossible la clairvoyance essentielle à l’appel de la solidarité dans cette crise mondiale. Les préjugés et l’obstination inconsidérée forment une ligne de démarcation amplifiant frayeur et division.
« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé » (Albert Einstein).

Cette parenthèse coronavirus nous invite à prendre du recul. Espérons qu’elle se referme rapidement, qu’elle provoque de saines réactions afin que nous retrouvions un peu de cohérence et de solidarité plus marquante, à commencer par la solidarité de l’humanité tout entière en brisant les frontières et les clivages protectionnistes. En ratant ce rendez-vous, l’Europe n’a pas fait la preuve de cette unité. Les fléaux de l’individualisme et de l’incivisme sont ancrés sempiternellement dans une ligne de conduite égoïste fatale aux valeurs de la fraternité. Cette crise est non seulement une épreuve collective et individuelle, mais les conséquences sont autant terrifiantes et qu’éprouvantes.

Les inégalités sociales et sanitaires se sont creusées plus profondément. Plusieurs millions d’enfants dans le monde furent privés de tout enseignement. L’école de la République, de la citoyenneté, de la paix, du savoir a échoué à garder pleinement le lien avec tous les élèves et éviter une déroute éducative désastreuse. Les décrochages scolaires ont intensifié les inégalités déjà existantes. Evidemment, le niveau social des familles est le vecteur déterminant pour la lutte de l’égalité des chances qui va devoir repartir de bien plus loin qu’elle ne l’est déjà. La valeur de l’école est rehaussée par l’épanouissement de l’enfant, la construction de son avenir et la réussite de sa vie en société. Car un enfant qui va bien, c’est une famille qui va bien, un quartier qui va bien, une ville qui va bien, un pays qui va bien.

Ni la politique, ni l’économie, ni la science, ne nous ont armés pour faire face au séisme que nous vivons. Notre foi en la science, en la médecine est sur le fil du rasoir. Nous doutons mais ne cessons jamais de douter car c’est certainement une belle manière d’apprendre, de comprendre, de progresser dans notre esprit critique. Bien évidemment, le modèle économique tout-puissant est en cause et il est grand temps de le réformer. En faisant preuve de défaillance périlleuse devant l’urgence sanitaire, il dévoile ses symptômes chroniques et récurrents d’une gangrène généralisée, celle de l’enrichissement aveugle.

Cette leçon est l’occasion inattendue, mais indispensable pour l’Etat, d’une remise en cause de ce modèle défaillant et obsolète. Les conséquences actuelles démontrent une injustice économique flagrante pour notre pays. L’obsolescence du système confirme simplement les dysfonctionnements. Stopper l’hémorragie de notre dépendance extérieure devient vital, au même impératif que l’urgence climatique est aussi importante que l’urgence économique. L'enjeu est crucial. Ce n’est plus une question de courage politique mais une volonté responsable et d’intelligence collective afin d’éviter au XXIe siècle le danger d’une situation pandémique aussi catastrophique. La crise sanitaire risque de se dégrader, glisser vers une crise humanitaire et menacer à nouveau les plus vulnérables. La vie est un bien précieux, une œuvre d’art à la valeur inestimable que peut briser cette saleté de virus si nous le sous-estimons.

La prise en considération du rôle des associations dans la résilience du pays reste une annonce valorisante mais trop timide dans le plan de relance présenté par le Premier ministre. Prenons acte de sa prise en compte légitime car elles font partie intégrante de cette dynamique et ne sont pas non plus épargnées par les conséquences sanitaires. A l’image du colibri, elles assument leur part dans la cohésion sociale, du vivre ensemble et du maintien de la solidarité en faisant vivre l’élan d’entraide sur tous les territoires. L’Etat ne peut ignorer ces forces vives passionnément actives, agissant quotidiennement dans l’intérêt général, déployant un altruisme valeureux, léguant au profit de la communauté des valeurs collaboratives non désuètes de sens par l’arrimage du lien social et par la création d’emplois. Le plein-emploi est sans conteste la meilleure réponse contre l’insécurité, le meilleur atout pour l’économie, le meilleur allié au pouvoir d’achat et la meilleure arme contre la pauvreté. La pauvreté ne peut être éradiquée que par l’homme, car c’est l’homme qui crée la pauvreté.

Pas certain que le pouvoir ait conscience de la vraie bravoure de cette société civile diverse caractérisée par une empathie pour les autres. Elle agit au plus près de la crise par une mobilisation citoyenne apportant aides et soutiens aux familles affaiblies par la misère économique. Elle ne se plaint pas forcément, mais force est de constater que sans elle l’Etat serait démuni à faire face à l’exigence de solidarité. Au risque de transmettre un message de suffisance en se déchargeant de ses responsabilités sur ces citoyens engagés bénévolement dans la vie de la Nation, il devra entériner ses effets d’annonce avec les aides adaptées aux enjeux indispensables au lien social et à la vitalité des territoires. Considération ne veut pas dire reconnaissance. Le gouvernement pourra prouver sa sincérité dans son programme budgétaire dédié au plan de relance, la légitimité du tissu associatif dans son développement et de sa sauvegarde. Tous les acteurs engagés dans cette résilience nationale forment ce liant essentiel à la stabilité et au redressement du pays.

La Ligue de l’enseignement, premier mouvement d’éducation populaire, de par ses valeurs fondatrices et ses missions émancipatrices, signifie clairement que c’est l’existence du citoyen qui permet de "faire société". Le "vivre ensemble" devient accessible par l’apprentissage aux solidarités multiples et interculturelles. Condorcet inventa une éducation populaire moderne qui consiste à défendre des idéaux laïques, une école gratuite et une éducation tout au long de sa vie. Dans un monde appâté par le gain et la rentabilité, comment en évaluer les bienfaits face à l’arrogance de l’argent qui pervertit tous les idéaux des acteurs de ce mouvement ?

Les valeurs de l’éducation populaire et de l’économie sociale et solidaires que nous partageons depuis des décennies, doivent continuellement s’affirmer dans un contexte où le monde associatif a reçu de plein fouet les contraintes du confinement. La pandémie malmène tous les acteurs du monde économique. L’arrêt brutal des activités associatives a forcément des conséquences dramatiques pour une grande majorité. Qu’elles soient socio-culturelles ou sportives, un défi supplémentaire menace toutes les structures. Une défiance naturelle ravive l’insécurité émotionnelle essentielle quand le manque de confiance fait défaut, quand il devient le grand obstacle au lien avec les autres. Douter de tout exacerbe un réflexe de sauvegarde difficile à canaliser. Refonder la confiance indispensable aux adhérents pour un retour sans crainte au lien social égaré ces derniers mois, devient une question vitale. Le tissu associatif devra faire encore plus preuve de pédagogie en démontrant que sa place n’est pas usurpée dans la société. Il détient les réponses au bien-être recherché par l’évasion des contraintes quotidiennes qui acculent vers le mécanisme de défense du repli sur soi.

La Covid-19 s’est immiscée largement dans ce rapport moral car sa propagation impacte fortement le fonctionnement de la fédération et ses engagements de redressement annoncés l’an passé lors du même rendez-vous institutionnel qu’aujourd’hui. Cette assemblée générale détonne par son caractère atypique avec l’approche, contrainte et forcée par les événements, de la fin de l’exercice en cours. A événements exceptionnels, mesures exceptionnelles, des ordonnances dérogatoires temporaires ont permis légalement son report. Néanmoins elle reste un temps fort incontournable dans la vie démocratique et associative de la FAL, et la situation économique doit obligatoirement s’afficher en toute transparence et en toute honnêteté.

Le bilan 2019 ne devait ni décevoir, ni démontrer que toute peine était perdue, et de fait donner gain de cause à une utopie irréalisable. Ce serait offrir trop de crédits aux critiques systématiques et dommageables, sans connaissance des tenants et aboutissants, sans appréhender tout le chemin parcouru avec patience et méthodologie. Pour cela, une politique volontariste des élus du conseil d’administration amorcée depuis 2018 et confortée par les salariés faisant preuve du même volontarisme exemplaire, a consolidé l’ouvrage dès les fondations. Un bon chantier se réalise par une bonne maitrise d’œuvre en ne négligeant ni les choix techniques, ni les choix des matériaux adaptés. Le chantier est-il terminé ? Evidemment non, mais il n’a pris aucun retard. La FAL a la satisfaction de le voir progresser pierre par pierre avec le respect du cahier des charges.

Un enjeu capital planait au-dessus du résultat financier 2019. Le succès de la feuille de route mise en place était une question vitale de pérennité et d’un retour à la sérénité. Grâce à une intense motivation, la réussite dépasse toutes les espérances puisqu’il est trois fois supérieur aux prévisions. L’équilibre budgétaire est largement dépassé, ce qui n’était plus arrivé depuis de très longues et inconfortables années. Le très prudent budget prévisionnel excédentaire présenté aux instances juridiques, dans le cadre de la procédure de sauvegarde engagée par la Fédération, a su fructifier par le travail effectué de manière collégiale suivant des règles strictes définies par la commission finances avec l’obligation de répondre aux ambitions de progrès et de croissance. Dans tout concert philharmonique, la qualité de la musique est garantie par le chef d’orchestre. C’est à lui que revient la tâche de coordonner et d'orienter l'interprétation des œuvres. Depuis deux ans, le directeur général de la fédération porte cette responsabilité avec maitrise et professionnalisme. Dès le départ de sa prise de fonctions, ce fut un défi marathonien épuisant. Il faut rendre à César ce qui est à César. Philipp est le grand artisan de cette réussite. Il a fait son job plus que de raison.

Pendant tout ce temps, la Ligue de l’enseignement du Puy-de-Dôme n’a pas délaissé ses missions émancipatrices d’éducation populaire, de défense et de valorisation de la laïcité, de l’éducation et de la démocratie. Ses actions sont reconnues et valorisées par ses fidèles partenaires en portant et défendant des valeurs identiques. Grâce à leurs soutiens inestimables, des projets prépondérants se réalisent dans la concertation. Le conseil départemental ne faillit pas à cet appui essentiel dans la vie de la FAL, ainsi que la ville de Clermont-Ferrand dont les rapports restent tout autant cordiaux et respectueux. La signature d’une convention d’objectifs entre la ville et la Ligue de l’enseignement du Puy-de-Dôme est venue conforter ce lien fondamental.

Face à l’adversité, la situation économique est plus enviable aujourd’hui. La vigilance reste obligatoirement en état de veille. La fédération a franchi l’épreuve de la procédure de sauvegarde et vient de rentrer dans le plan de sauvegarde. Ce n’est pas une raison de se congratuler mais face aux difficultés financières rencontrées, c’est une étape importante de sortie de crise. La circulation sur l’autoroute n’est pas encore permise, par contre les voies des routes nationales sécurisées lui sont ouvertes. La FAL est consciente de ce qu’elle vient de traverser, ce qu’elle va encore endurer. La grande leçon d’humilité retenue lui rappellera à chaque instant que rien n’est gagné et rien n’est acquis dans la vie.

Edouard FERREIRA, Président.